Travaux d'Eleves
Rouge amour
Pauline Delattre
Lysa Fabrion
Amélie Morin
Un reflet dans le miroir
Nubia se regarde dans le miroir. Grande et fine dans sa longue robe drapée . Ses longs cheveux noirs tressés, lui descendent jusqu'à la poitrine. Ses traits délicats expriment sa peur et ses yeux bleus ne font que la refléter. Si elle est terrifiée c'est parce que ce n'est pas son reflet qu'elle voit, mais, cette femme assassinée qui lui ressemblait tant... Elle aussi était belle, belle à en mourir . Mais si ce n'était pas cette inconnue, si c'était elle-même qui était belle à tuer...
Elle revoit la scène comme si elle y était encore, elle marchait dans l'Argilète. Qui passe par le Subure, un des quartiers les plus sulfureux de Rome. Pourquoi était-elle là, cela n'avait plus d'importance pour elle. Tout ce qui compte c'est ce moment où à l'angle d'une ruelle, elle l'a vu, cet homme, penché sur sa victime. Il commençait à lui lacérer le visage, quand tout à coup, il leva les yeux sur elle, des yeux brûlants, transperçants. Puis, comme effrayé par elle, il s'enfuit. La jeune fille s'avança à pas de loup, redoutant qu'il revienne. Elle s'agenouilla et vérifia si elle respirait, ce n'était pas le cas.
Nubia contempla le visage maculé de sang, elle avait l'impression que derrière ces cicatrices se trouvait son reflet. Pourtant cette image était palpable, réelle, évidente ... Que devait-elle faire ? Comment devait-elle réagir ? Elle l'ignorait... D'un seul coup cette jeune femme se retrouvait là, perdue au milieu de nulle part, dans la profondeur de la nuit...
Patris manus
"-Nubia ! crie une voix derrière son dos, elle aperçoit alors son mari dans la glace.
- Brutus?
- Qu' as-tu fait hier soir? demande t-il avec violence.
- Je suis allée voir mon père pour... lui annoncer ma grossesse...
-..."
Brutus casse le miroir dans un excès de colère avec une telle force qu'il se brise en mille morceaux.
"- Je t'avais dit que je ne voulais pas d'enfants, j'aurais dû être le premier au courant !"
Nubia s'enfuit alors le plus vite qu'elle put vers la porte d'entrée; arrivée sur le seuil elle tombe nez à nez avec la voisine de son père en larmes.
"-Madame Nubia..., madame Nubia... dit-elle en nage, toutes mes condoléances...
- Mais, pourquoi...??
- Eh bien..., vous n'êtes pas au courant???
- Au courant de quoi?!
-...votre père...cette nuit, il est mort...assassiné!!!"
La jeune femme pousse vivement sa voisine et part en courant chez son père.
Une fois là-bas,elle découvre le cadavre de son père ensanglanté dans l'atrium. Il tenait serré dans sa main droite un athamé, l'arme du crime...Elle détourne les yeux du mort, ne pouvant plus supporter ce spectacle macabre. Sur le mur cette citation fatale est inscrit avec le sang de la victime: "Alea jacta est"
Elle mumure pour elle-même:
"- Le sort en est jeté... Pourquoi cette phrase? Que cela veut-il dire? Je connais cette écriture, pourtant ce n'est pas celle de mon père!... De plus, l'arme du crime est dans sa main droite, mon père n'était pas droitier... Son meurtrier devait bien mal le connaître...
-Ah ! Tu es là ! Je t'ai cherchée partout ! "
Son mari venait d'arriver derrière elle et aperçut le corps sans vie.
"-Oh... Le pauvre homme!! Mais, je connais ce poignard, il est utilisé par une bande de la Subure vénérant Mithra...N'étais-tu pas censée être chez ton père hier soir?..."
Déception
Depuis la veille Nubia n'avait pas cesser de réfléchir, accablée par la perte de son père et intriguée par tous ces mystères, toutes ces questions auquelles elle ne pouvait, ne savait pas répondre...
"Deux meurtres successifs? Une jumelle inconnue, puis son père? Et ce message si douteux? Comment trouver une seule explication à tout cela? Brutus n'avait jamais été très extraverti mais, il était resté si froid devant le corps de son père..."
La jeune femme tournait en rond dans sa chambre. Elle ne savait pas, elle ne savait plus, elle était perdue et seule avec elle-même et ce reflet dans le miroir...
Quelques jours plus tard, elle décida de commencer sa propre enquête...
Tout d'abord ce poignard, il fallait qu'elle retrouve son propriétaire. Sa première idée fut de se rendre au quartier de la Subure pour retrouver et interroger cette fameuse bande vénérant Mithra. Son mari lui avait bien dit que cet athamé ressemblait au leur. De plus cela expliquerait que le tueur ne connaisse pas la main avec laquelle son père écrivait.
Elle partit en début d'après-midi sur le dos de sa mule. La première partie du trajet était facile, les belles avenues de l'Argilète étaient accueillantes. Puis le décor change, la foule se fait opaque, les rues se font sales et nauséabondes. Elle s'approcha, maflgré elle d'une prostituée afin de lui demander si elle savait où se trouvait les fidèles de cette déesse. Celle-ci la renvoya d'où elle venait lui expliquant qu'elle n'avait rien à faire ici. Mais Nubia persista, et après un dizaine de réponses du même type, un homme borgne dénia lui indiquer le chemin, tout en lui recommandant d'être prudente.
La jeune fille arriva au lieu-dit et frappa à la lourde porte d'une taverne insalubre. Le judas s'ouvrit laissant apparaître un regard cru et vitreux. Une voix de stentor l'interrogea sur son identité:
"- Je m'appelle Numa et je viens vous rapporter votre bien," répondit-elle en dévoilant le poignard de sous sa cape.
L'homme la fit entrer de façon brutale, il était vêtu d'une vieille tunique crasseuse qui laissait entrevoir un ventre d'une grosseur peu commune. Il lui arracha ensuite l' arme des mains et l'examina attentivement. Un rictus ironique se dessina sur le visage de la brute épaisse :
" C'est pas de chez nous ma petite dame! affirma t-il, dans un patois peu intelligible.
- Mais...mais c'est impossible!?!? s'écria t-elle."
Il extirpa une autre lame de sa poche et l'agita avec un geste désinvolte.
" Tu vois ma p'tite dame y'a pas d'inscription sur ton tien... et sur mon mien y'en a une!! Tu vois, tu vois!!! Si c'était à nous elle y s'rait sur ton couteau c't'inscription!!! Et j'l'y lis pas!"
Nubia eut une moue stupéfaite et dubitative.
Le rustre lui fit remarquer qu'elle avait l'air bien triste et tenta de l'attirer dans ses bras potelés en lui proposant de la consoler. Elle se dégagea vivement de son étreinte et lui déclara qu'elle préférait partir. Avant de se sauver à toute vitesse.
Douloureuse vérité
Pour Nubia ce fut difficile de traverser le Capitole afin de rentrer chez elle. Depuis la mort de Cicéron, les républicains, inquiets de l'avenir de la République, bloquaient les rues. Consciente qu'elle n'irait pas plus loin, elle décida de se rendre dans le temple de Junon Moneta pour prier. Elle avait besoin d'être guidée par la voix divine. Alors qu'elle se recueillait devant une statue un haruspice l'interpella. Squelétique. Il avait une calvitie, le front dégarni et une petite barbichette en pointe. L'ensemble de son visage était tiré par des rictus ingrats. Il lui dit d'une voix mystique:
" Le parfum de la passion ici est présent..., plus proche que tu ne crois le danger est..., possession...
possession affronter tu devras... La folie dans les yeux du coupable t'apparaîtra... cette maladie que nul ne voit... Fuir bientôt tu devras...sinon... L'enfant si peu désiré périra.
- Hein?...Quoi!... Que venez-vous de dire ? "
Le prêtre revint alors à la réalité et la regarda avec des yeux écarquillés :
" Que faites-vous ici ? l'interrogea-t-il, méfiant.
- Eh bien, je suis venue pour prier la déesse, lui répondit-elle faiblement, encore tremblante de peur.
- Mais... Qu'avez-vous mon enfant ? Vous me paraissez bien faible...
- Rien...! bégaya-t-elle."
Elle salua alors vivement le devin fou et partit promptement.
Dehors la foule s'était dispersée la nuit venant et Nubia put donc se déplacer plus facilement sur le Capitole. Rentrée chez elle, épuisée elle trouva son mari en pleine discussion avec un de ses amis médecin qu'elle n'appréciait guère :
" Bonjour, Lucius, lança-t-elle froidement en se demandant ce qu'il faisait là.
- Bonjour, lui répondit-il avec un sourire rempli de vice."
Nubia eut un mouvement de recul en voyant le matériel de médecine.
"Je vois que vous avez vos outils avec vous, mon mari est-il malade?
- Oui...en quelque sorte..."
La jeune femme eut un geste impatient.
"Mais...est-ce grave?!?
- Cela n'y paraîtra plus dans quelques instants."
Le médecin au regard tortionnaire attrapa alors son scalpel rudimentaire, le plus aiguisé et s'avança tranquillement vers elle. Nubia recula puis regarda son mari, tétanisée.
"Oh non, pas ça, pensa-t-elle."
L'EPAULE DIVINE
A cet instant Nubia comprit,… son mari ne viendrait pas l’aider car tout ce qui arrivait découlait de sa propre volonté meurtrière. Le médecin continuait de l’approcher dangereusement, elle vit la mort dans ses yeux et se mit à trembler. Chaque seconde lui parut durer une éternité et ces dernières semaines défilèrent devant ses yeux. Soudain, d’un geste brusque elle se détourna et partit en courant à l’étage. Une fois dans sa chambre elle sauta par la fenêtre et tomba sur le pavé froid de la rue écorchant ses frêles genoux. Du sang chaud se répandait sur le pavé mais Nubia s’enfuyait déjà au loin… Elle parcourut alors rapidement la cité cherchant un refuge pour s’isoler. Elle repensa au temple de Junon Moneta et décida de s’y rendre, là-bas, elle serait libre de se recueillir pour prier et réfléchir en paix. De plus personne n’aurait idée d’aller l’y chercher.
Arrivée au pied de la divine statue elle se mit à pleurer… Une fois calmée elle revint à la source de ses problèmes : le meurtre de ce mystérieux sosie, celui de son père et enfin cette tentative d’infanticide envers l'enfant qu’elle portait, tous avaient été mis en danger, tous lui étaient proches, tous, elle les aimaient. C’est donc ce qui avait causé leur perte. Seul Brutus n’avait à aucun moment été l’objet d’une quelconque menace… la folie dans ses yeux avait révélé sa culpabilité… Le doute n’était plus possible c’était bien lui son mari, l’assassin...
A ce moment là, elle entendit les pas du prêtre rencontré précédemment qui arrivait derrière elle. Se retournant elle le salua de la tête :
"-Vous me paraissez bien faible mon enfant, quels maux vous perturbent donc ? Puis-je vous venir en aide par la voix divine ?"
Nubia hocha alors la tête et commença à lui raconter son histoire sans rien omettre pas même le comportement du vieil homme lors de leur première rencontre. Elle termina son récit à bout de souffle et en larmes. Il lui expliqua alors qu'à peine était-elle partie du temple, quelques heures plus tôt, il s'était soudainement rappelé sa prédiction. Il lui conseilla ensuite d'aller voir la justice romaine pour témoigner. Il ajouta qu'elle ne pouvait pas se taire quant aux actes de cet homme bien qu'il fut son mari et qu'elle l'aima, trop de vies avaient été mises en jeu. Il promit ensuite qu'il l'aiderait devant la justice en faisant part aux juges de sa prédiction, on ne mettrait pas en doute la parole d'un prêtre, un messager des dieux.
Quelques semaines plus tard, après le procès où il avoua la totalité des peines qui lui étaient reprochées dont le meurtre de la jeune femme ressamblant comme deux gouttes d'eau à son épouse Il expliqua qu'il avait découvert l'existence de cette soeur jumelle en se rendant chez le père de Nubia un jour où on ne l'y attendait pas. Il fut condamné à l'exil par le sénat de Rome et envoyé sur les rives de la mer Noire dont il ne revint jamais. Nubia quant à elle, libérée d'un époux possessif et criminel, put mener sa grossesse à terme et accoucha d'un petit garçon, Angelus. Part la suite elle consacra sa vie à l'éducation de son fils le guidant sur la voie divine.
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