Brouillons, anti-sèches et autres petits mots
Ah !... les petits mots. Les caricatures de profs qu'on se passe sous la table. Les lettres d'amour qui tiennent en une phrase. Les graffitis fraîchement peints sous le revers de la trousse, histoire d'accéder à la liste des capitales d'Europe. Les montagnes de papiers qui vont à la poubelle après une matinée de « composition française », ébauches désespérées du plan détaillé qui nous épargnera la peine de réfléchir en écrivant !
Nous nous souvenons tous de cela. Je voudrais essayer de suggérer ici que les wikis peuvent nous aider à comprendre le bon usage de toutes ces traces informes et périssables.
La revanche des brouillons
Un brouillon ne doit pas durer. Il est là comme un tremplin vers le "propre", il sert d'abord à noter les connaissances et les outils dont nous aurons ensuite besoin. Il met en confiance et libère l'esprit du devoir de se souvenir ou de faire des opérations complexes sans filet, mentalement. On brouillonne au crayon de papier parce qu'on a besoin de légèreté, et le contenu du brouillon est volatile, à mi-chemin des notes et du dessin.
Parmi les manière d'éditer des pages web, en avez-vous trouvé une qui ressemble plus à cela que l'édition des pages d'un wiki? Non, le wiki accepte une dose d'informe. Pas seulement parce qu'on fait confiance à d'autres pour mettre en forme les traces qu'on y laisse, mais aussi parce qu'on peut nous même facilement revenir sur nos traces, les gommer, les ajuster, les bricoler.
Les brouillons prennent leur revanche : non seulement nous n'avons plus besoin de les jeter, mais même la plus "propre" des pages d'un wiki est susceptible d'être améliorée... et tombe pour cela dans la catégorie des brouillons.
Le retour des anti-sèches
L'une des manières les plus sûres d'apprendre sa leçon est de la recopier sur une dizaine de bouts de papiers qu'on va ensuite planquer soigneusement, au cas-où. Je me souviens encore avoir passé une moitié de nuit à entrer des dates historiques dans une calculatrice à la veille du bac (mais la calculatrice était interdite lors de l'épreuve d'Histoire, évidemment.)
Et alors? Alors rien, si ce n'est qu'il est bon de se souvenir que toute mise en oeuvre de ce que l'on croit savoir sert à l'apprendre à nouveau, ou à le comprendre sous un autre jour. C'est en recopiant des poèmes pour les apprendre par coeur qu'on s'expose à les entendre différemment.
On entend souvent cette idée que, le web servant de plus de plus de mémoire "externe", les enfants ne sont plus incités à apprendre. Oui. Sauf que ce n'est pas le cas avec les wikis, comme ce n'était pas le cas avec ces bouts de mémoire externe qu'étaient les anti-sèches. Dans le cas des wikis, les enfants se réfèrent à des pages qu'ils ont créées. Que leurs copains ont créées. Qu'ils éditent ensemble. Que le prof peut venir commenter ou corriger. Et plus ils s'y réfèrent, plus ils éditent, écrivent, apprennent, comprennent.
La révolte des petits mots
Non, je ne suis pas en train de suggérer d'ouvrir une section de petites annonces sur les wikis qui vous servent pendant les cours... mais j'ai noté que les commentaires des pages du wiki ressemblaient souvent aux petits mots qu'on se passaient en douce, avant. Dans les deux cas, on a le sentiment d'envoyer un message discrètement, dans les deux cas, on envoie seulement quelques mots... ces mots qui, à la différence des bavardages, restent et se transmettent de proche en proche, créant l'impression d'un lien direct entre les élèves.
Si, en plus, ce lien porte sur le travail des élèves, sur ce qu'ils peuvent lire sur le Wiki, que demander de plus?

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